Contexte et cadre réglementaire
À la suite de son inscription sur la liste grise du GAFI en 2024, Monaco a entrepris des réformes globales de son régime LBC/FT. Une composante clé de cette refonte a été la création de l’Autorité Monégasque de Sécurité Financière (AMSF) en juillet 2023, en remplacement de la SICCFIN. L’AMSF s’est vu accorder des pouvoirs indépendants de supervision et de sanction. Il est à noter que sa Commission des sanctions peut désormais infliger des pénalités sans validation ministérielle, y compris pour des manquements isolés aux obligations de conformité.
Cela a marqué une rupture avec la pratique antérieure, dans laquelle l’application des sanctions était limitée aux violations « graves, répétées ou systématiques ». À la mi-2025, plus de 700 entités avaient reçu des mises en demeure formelles de conformité de la part de l’AMSF, dont environ 600 ont pris des mesures correctives dans le délai prescrit. Les autres ont été renvoyées devant la Commission des sanctions. Six décisions publiées de la Commission des sanctions à compter de 2025 sont résumées ci-dessous, suivies d’un examen des évolutions au sein de la profession juridique. À noter que certaines décisions peuvent faire l’objet d’un recours :
I. Décisions de la Commission des sanctions de l’AMSF
1. Procédure 2025/2144 – Anonymisée (Marchand numismatique et de métaux précieux à Monaco) – oct. 2025
- Entité : Anonymisée
- Date de la décision : 29 octobre 2025
- Constatations : Dans une décision datée du 15 octobre 2025, la Commission des sanctions de l’AMSF a infligé une amende de 60 000 € à une société monégasque anonymisée principalement active dans l’achat et la vente de pièces de monnaie, de bijoux anciens, d’objets de collection et de métaux précieux, ainsi que dans les ventes aux enchères de pièces. L’entité, actuellement en liquidation, a été reconnue coupable de multiples violations de la loi LBC n° 1.362. Celles-ci comprenaient l’absence d’une évaluation des risques documentée, une méthodologie déficiente de classification du risque client, ainsi que l’absence de mise en œuvre ou de documentation du suivi continu et des revues périodiques KYC pour les clients à haut risque. L’AMSF a reconnu une remédiation partielle mais a souligné que les actions correctives prises après inspection n’effacent pas les violations antérieures. Cette décision publiée à un stade précoce a établi un précédent clair quant à l’application des obligations LBC pour les négociants de biens de grande valeur.
- Sanction : amende de 60 000 €
- Implication : Cette affaire a posé le précédent de ce qui deviendra un schéma d’actions coercitives publiées de plus en plus rigoureuses. Elle a démontré la volonté de l’AMSF de sanctionner.
2. Procédure 2025/2145 (Courtier en yachts à Monaco) – nov. 2025
- Entité : Anonymisée
- Date de la décision : 18 novembre 2025
- Constatations : La société intervenait dans des transactions d’actifs de grande valeur (par ex. yachts) et ne disposait pas de mesures LBC adéquates. Les violations comprenaient des politiques obsolètes, un KYC superficiel, des contrôles insuffisants de l’origine des fonds (y compris un achat financé en Bitcoin) et une délégation inappropriée des fonctions de conformité à des tiers non qualifiés. L’absence de diligence raisonnable appropriée dans des contextes à haut risque, notamment lorsque des crypto-actifs et des juridictions complexes étaient impliqués, a été jugée particulièrement grave.
- Sanction : amende de 50 000 €
- Implication : A renforcé l’obligation de contrôles sectoriels fondés sur les risques, en particulier pour les intermédiaires du luxe traitant des transactions complexes et liées aux crypto-actifs.
3. Procédure 2025/2147 (Agence immobilière à Monaco) – nov. 2025
- Entité : Anonymisée
- Date de la décision : 18 novembre 2025
- Constatations : Une petite agence immobilière monégasque a été sanctionnée pour l’absence quasi totale de dispositif LBC. Ses procédures n’avaient pas été mises à jour depuis 2010. Les manquements comprenaient l’absence de formation, l’absence d’évaluation des risques documentée et des dossiers clients incomplets dépourvus d’éléments clés de diligence raisonnable. L’agence n’effectuait pas non plus de revues périodiques des clients ni d’identification des personnes politiquement exposées.
- Sanction : amende de 18 000 €
- Implication : A montré que même les petites structures sont exposées à des mesures coercitives si les obligations LBC sont ignorées, et que la remédiation post-inspection ne compense pas la non-conformité antérieure.
4. Procédure 2025/3171 – (TCSP à Monaco [1]) (déc. 2025)
- Entité : Nom du TSCP publié
- Date de la décision : 22 décembre 2025
- Constatations : La société a fait face à l’une des sanctions les plus sévères en raison de défaillances structurelles de la gouvernance LBC. Elle ne disposait pas d’un responsable conformité effectif pendant plusieurs mois, utilisait des outils d’évaluation des risques obsolètes ou incohérents, n’avait pas vérifié l’origine de la fortune des clients et n’avait pas traité des avertissements antérieurs répétés. Les dysfonctionnements de gouvernance et le turn-over du personnel ont constitué des facteurs aggravants majeurs.
- Sanction : amende de 800 000 € ; décision publiée intégralement
- Implication : Plus forte amende à ce jour ; signal clair que les lacunes de gouvernance et les remédiations tardives entraînent des sanctions significatives. A démontré que les remédiations coûteuses a posteriori (par ex. frais de conseil) n’excusent pas les manquements historiques.
5. Procédure 2025/3199 – (TCSP à Monaco [2]) (déc. 2025)
- Entité : Nom du TSCP publié
- Date de la décision : 22 décembre 2025
- Constatations : Le prestataire de services aux sociétés n’a pas satisfait aux exigences LBC de base. Les déficiences comprenaient l’absence de documentation sur la fortune, une mauvaise gestion des personnes politiquement exposées (PEP) et l’absence de déclaration en temps utile des opérations suspectes (STR). L’ICS avait déjà été inspecté et averti en 2019 mais n’avait pas pleinement corrigé les problèmes.
- Sanction : amende de 500 000 €
- Implication : A confirmé que les CSP doivent assurer la continuité LBC et escalader les problématiques de risque, en particulier celles impliquant des PEP. A renforcé les attentes en matière de supervision de haut niveau des clients à haut risque et de suivi effectif des constats d’inspections antérieures.
6. Procédure 2025/3196 (Agence immobilière à Monaco) – déc. 2025
- Entité : Agence immobilière monégasque anonymisée
- Date de la décision : 22 décembre 2025.
- Constatations : La société, une agence immobilière de trois personnes axée sur les locations locales, ne disposait d’aucun système LBC/FT opérationnel. Ses procédures dataient de 2010, elle ne disposait pas d’évaluation des risques, de formation du personnel ni de diligence raisonnable adéquate sur les clients. Les dossiers étaient dépourvus de pièces d’identité et de données de propriété, et aucun contrôle n’était en place pour les PEP ou les pays à haut risque. Bien que des actions correctives aient été engagées après l’inspection, huit violations ont été confirmées.
- Sanction : amende de 18 000 €.
- Implication : L’AMSF a souligné que l’ignorance des obligations LBC et la remédiation post-inspection n’excusent pas la non-conformité passée. Les petites structures sont pleinement responsables au regard de la loi LBC.II.
II. Sanctions LBC dans la profession juridique (2025–2026)
Pouvoirs de supervision et méthodologie
Le Conseil de l’Ordre de Monaco est devenu superviseur LBC des professionnels du droit à la suite d’une réforme de 2023. En septembre 2024, il a adopté des procédures disciplinaires formelles et lancé un programme robuste d’inspections. En décembre 2025, tous les cabinets d’avocats monégasques avaient fait l’objet d’une forme de vérification LBC, comprenant :
- Deux revues complètes sur site (juin 2024, avril 2025)
- Deux revues ciblées sur site (octobre 2024, septembre 2025)
- Une revue documentaire (novembre 2025)
Quinze entretiens de conformité LBC à la Maison de l’Avocat
Le Conseil de l’Ordre a également désigné un point focal LBC dédié et un délégué à la supervision afin de piloter ses actions et d’assurer une communication continue avec l’AMSF.
Première sanction disciplinaire – juillet 2025
- Entité : Chambre (cabinet d’avocats) anonymisée
- Constatations : Violation de la loi n° 1.362. Bien que le Conseil n’ait pas détaillé publiquement les manquements spécifiques, ceux-ci incluaient probablement l’absence de procédures internes adéquates, une diligence raisonnable client incomplète ou une documentation insuffisante de la conformité LBC.
- Sanction : amende de 10 000 €
- Issue : Décision devenue définitive sans recours.
- Implication : A marqué la première amende disciplinaire connue liée à la LBC infligée par le Conseil de l’Ordre. A envoyé un message fort aux professionnels du droit indiquant qu’ils ne sont pas exemptés d’une application rigoureuse et que l’absence d’un cadre LBC documenté et fondé sur les risques peut entraîner des sanctions financières.
Indicateurs d’un engagement croissant
En plus du régime d’inspection et de l’activité de sanction, la profession juridique a démontré un engagement accru dans l’application de la LBC en :
- Dépôt de 12 STR auprès de l’AMSF via la plateforme goAML à fin 2025
- Participation à des mises à jour régulières des évaluations sectorielles des risques
- Réception de lignes directrices sur le filtrage des clients, la détection des PEP et les procédures d’escalade
Ces évolutions reflètent un alignement croissant entre le Conseil de l’Ordre et l’AMSF, avec une coopération renforcée et des standards partagés.
Depuis 2025, Monaco est entré dans une nouvelle phase d’application de la LBC. L’AMSF a démontré sa capacité à infliger des sanctions significatives, y compris des amendes emblématiques de 800 000 € et 500 000 € à l’encontre de grands fiduciaires. Ces affaires confirment que les défaillances en matière de gouvernance, de diligence raisonnable, de déclaration de soupçons et de vérification de l’origine de la fortune ne peuvent plus être ignorées. Parallèlement, le régulateur de la profession juridique a infligé sa première sanction disciplinaire et achevé des inspections couvrant l’ensemble des cabinets.
Ensemble, ces évolutions illustrent une réponse institutionnelle robuste à l’inscription de Monaco sur la liste grise du GAFI et reflètent une culture de conformité profondément transformée à travers les secteurs réglementés de la Principauté. Les entités de toutes tailles et de tous profils doivent désormais considérer la conformité LBC comme une obligation continue et vérifiable. Le message est clair : l’application est active et aucune entité n’est à l’abri. L’AMSF et le Conseil de l’Ordre ont tous deux démontré que la dissuasion crédible, la transparence et la responsabilité sont la nouvelle norme dans l’écosystème financier et professionnel monégasque.
Chez Rosemont Consulting à Monaco, nous suivons de près l’évolution de l’environnement de conformité LBC à Monaco.
Comment Rosemont Consulting peut aider
Rosemont Consulting à Monaco et Rosemont International peuvent assister les entités assujetties, y compris les courtiers en yachts, les agences immobilières, les gestionnaires d’actifs, les single et multi-family offices et les prestataires de services aux sociétés, pour :
- Revoir et mettre à jour les politiques LBC et les évaluations des risques conformément à la loi 1.362 et à l’OS 2.318.
- Concevoir des procédures pratiques de KYC et de vérification de l’origine de la fortune pour les transactions de yachting et immobilières de grande valeur.
- Mettre en œuvre le filtrage PEP et ETHR, des plans de formation et des cycles de revue des dossiers.
- Cartographier et corriger les écarts en amont des inspections de l’AMSF.
- Organiser le suivi de la conformité et le filtrage à l’aide de la plateforme LEXCO.
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